Que deviendront ces notes, ces espaces vides
Qui résistent entre eux et moi
Peut-être seront-ils tus
Enfermés dans une boîte
Figés dans une racine,
Comme la preuve ultime que nous serons l’un et l’autre
Des fantômes errant dans l’univers,
Sur ou sous la terre
Qui éclate et brûle nos rêves d’idéaux
Givrés dans notre ADN,
Dans la peau de nos ancêtres
Retenus captifs

Que restera-t-il demain
De ces chants qui nous étouffent et retranscrivent
Le son des guitares mal accordées
L’accordéon miséreux et mendiant
Et qui attendent que mes yeux se baissent
Et fixent le sol bétonné
Pour espérer trouver du sens au poncif

Le poids de l’amour dans la chair
A de cette étrangeté qu’il réduit
Le corps à l’attente
Et l’attente à l’absence
La scène à la grâce
La fierté à la misère
Et l’idée qu’on s’en fait se dépouille dans la mémoire
sentinelle.
Ouvrir les yeux —
Non, il fait déjà froid
Et j’imagine ton corps disparu
Loin de mes mains fragiles et ridées
Mangées par le feu ou la terre.
J’irai hanter les parcelles du passé
Pour prévenir que l’araignée mord bien
Là où la gloire et la vengeance tissent la toile,
Et je ramperai au milieu de ceux
Qui survivent sous soixante degrés,
Irai prier sur les morceaux d’Antarctique
Et pleurerai et crierai sur le pelage doux et réconfortant
Du dernier ours polaire.
Ma poitrine qui prend et rejette l’air
Ne sera plus qu’un souvenir éphémère
D’une mémoire qui n’est plus mienne,
Elle nous appartiendra, joyau de l’humanité.

Les fantômes du futur
Veillent sur nous et j’aimerais croire
En l’existence de nos fêlures
Pour qu’à mon tour je puisse boire
Le sang des anciens, le sang de demain
Et m’imprègne de l’Enfer avant l’heure.

Pendant ce temps d’autres s’épanchent encore sur des fresques du Paradis
Émus aux larmes comme des anges déchus face à l’idéal
Et l’esquisse d’un fantôme est d’une tristesse surnaturelle
Forgée dans le fantasme d’une salvation de l’âme
Au zénith de la mélancolie.
Ils s’allongent tour à tour dans le noir de la pièce
Éclairée dans le fond derrière le rideau dans le calme :
C’est cet espoir de renaître en particule invisible
Poussière d’étoile
dans l’infini
de l’espace et du temps
Qui les maintient surélevés comme déjà
Détachés de la pression terrestre.

Futur fantôme du ciel
Allonge-toi avec moi dans les cimetières, écoute le bruit des feuilles
Qui se mêle à celui des morts et
Endors-toi paisiblement comme eux
Sur les stalles.

là-haut l’étoile éclate
dans un scintillement grave
et tes traces de pas
portent le voile perpétuel
sur une vie fantasmée

puisque le feu bascule
par la porte entrouverte
puisque les éclats de Toi
s’écrasent dans l’escalier et
brisent un paradis fantasmé
je dors sur l’oreiller trempé
de ta sueur

morceau d’angoisse
dis-moi
quels sont les morceaux d’angoisse
qui viennent me fuir
puis me désirer
comme une infidèle
à l’odeur de charogne
qui se tord de douleur
dans les yeux des femmes
et de leur bouches embrasées
puisque ma langue s’entremêle
aux nymphes les nuits d’ivresse
puisque je ne rêve que d’elles
lorsque le verre est à moitié plein

Mélodies diverses me composent, clés, symboles, cités perdues, Neith, déesses, graves, notes graves, notes graves de rock et de grunge, visage angélique sans voix, sans visage, flou, nuées, brouillard, nuit, monstres, solitude.
Les quatre murs qui me séparent de ma réalité sont mon identité, révélation quand je les frappe de ma colère et que jaillit une marée, boue, sang, bouillie de toi, de moi, de n’importe quoi.
Autour de moi, êtres, perdus, nymphes, destin, fil rouge, n’importe quoi, des fantômes, me murmurent de les écouter mais je crie dans le silence
il n’y a rien d’autre que l’inspiration divine et la musique salvatrice
c’est suffisant
ça donne l’oxygène

marathonienne,
à moitié moi à moitié autre, quelle importance je sais qui est quoi
j’apparais en pièces détachées qui se rassemblent enfin
s’élever alors que le visage change et que je maigris
que les creux de mes hanches sont observés

visualiser un sentiment comme une douleur subtile
la douleur est bien là. la douleur comme destinée comme un bonheur comme une chance à saisir
je l’ai en moi comme un trésor qui fait fondre le désespoir
car ce n’est pas la survie, c’est le cœur qui tend les mains vers tout, vers le tout, vers le mal et le bien et ajuste la balance
et pleure dans la danse
et pleure dans la danse
et pleure dans la nuit

Un soir, tu t’es enfoncée dans les brèches de la conscience. Tu t’es accrochée à une embrassade dans le noir – à une fausse chaleur nocturne. Elle avait la forme aussi floue qu’un souvenir demeuré pourtant intact dans un tiroir du passé. Tu avais décidé d’éterniser ce demi-sommeil dans une bouche de métro, qui dans sa moiteur et sa crasse cachait ce soi qui fait encore aujourd’hui corps avec l’ombre. Les nuages de fumée te permettaient d’imaginer utiliser tes poings pour frapper le mur, le clou, le sol, les néons, l’autre. L’autre, qui reste intacte à la douleur. L’autre, ce je. L’autre, moi.

Tu réunis tes doigts pour frapper à la porte du rêve, incapable de percevoir qui l’on torture et à qui l’on ment. Toi, ou elle ? Toi, ou moi ?

Presser le pas.

Descendre à Shibuya. Marcher à Shibuya. Attendre à Shibuya. Hésiter à Shibuya.
Passer le pas,
le comptoir, donner son nom, tendre le poignet.
Trophée bracelet papier, attaché dans la lumière tamisée. Perception de soi vaporeuse perdue dans le bleu d’une boîte de nuit où chacun hésite à danser. Nous semblons être ailleurs. Comme restées en dehors de nous-mêmes.

Chercher le contact et tomber sur toi
Nous percevoir sur chaque carreau de la boule à facette
Tourner de toutes les couleurs
Descendre les escaliers de la conscience
Et la fuir

Vouloir passer par la baie vitrée
Mais le morceau de verre qui se coince dans la tempe
Nous contraint à cet espace clôt – 10m², pas plus –
Et la mort est plus douce que la captivité.

Sans savoir comment nous battre, on attend.
On voudrait pouvoir s’aimer

Être surprises par l’écho qui ne résonne pas chez l’autre
Et ce corps qui supporte l’effroi
Mais ne se fragmente pas
Qui maintient actifs les onglets de la mémoire
Passe en boucle la transpiration des nuits
Mais laisse s’écouler la sueur dans la transe

La gorge nouée par l’acide ingurgité
Et le solide sentiment de passer à côté
De toi
Je t’écoute te parler, alitée
Et subir les marques qui renaissent dans le rêve
Confinées derrière un écran
Et qui attendent que je disparaisse

L’ombre fabuleuse pose un drap sur la lune
et comme une paralysie s’avance intimidante
convaincue que mon corps est un brouillard
sensible à la lumière

d’indolentes chimères ont mangé le jour et la nuit

phare de tous les porcs
aimant de l’envie
cette peau tient en son sein
les vôtres – et les encense
les contient
les retient
débris de sphères qui s’espacent et reviennent
demi-cercles céphalées
tumeurs sauvages
tourbillons d’eau sclérosée autour de la fièvre dans laquelle je nage

et si dans mon miroir des craquements de moi-même se taisent
le vôtre vous fait m’appeler trois fois
hanté,
dévoré par la culpabilité
j’ose le croire j’ose prier

ces fissures s’immolent
pour laisser échapper le pus monstrueux
qui crie pour sortir
mais d’ici là je dois pleurer en le
cajolant
malgré les fausses nuits et la sensation étrange
d’étouffer à trois heures du matin

Tu m’as dit
– je garde les lames dans mon sac
comme on garderait par précaution n’importe quoi d’autre
puis
– je me demande si tu comprends
– oui
et il faudrait les dissimuler comme moi
dans une trousse de secours carmin
petite pharmacie pour dépendants au fantôme de la chair comme nous ;
le palliatif sans contre-indication

J’ai souvent rêvé d’une dague comme accessoire
coincée dans la chaussure elle pénètrerait
la dépouille de ma peau comme une cotte de maille
écrasante
pathétique
mais fusionnelle au soi

Les lames dans mon sac ce sont les gestes diaphanes
dont les photos argentiques imitent le mouvement
cette nuit je rêverai encore
de sa main posée sur mon épaule

j’aurais aimé tenir ses mains je ne sais pas trop pourquoi

sa préciosité contenue dans le sac lacrymal

À l’instant où je me suis allongée,
J’ai entendu un homme
Parler avec un Dieu, puis dans sa mélopée
Le vénérer depuis le confessionnal.
Il avait disposé à ses pieds
Une table de spiritisme
Et priait pour une réponse
Des iris pour oblation pessimiste
Et ascétique

Ils ne savent pas que je suis ivre
C’est un secret bien gardé
Loghorrée insoutenable dans du saké de bas de gamme
Des souvenirs………..
Photocopiés en trois pages dans un carnet format A5
elle se regarde puis saisit mon bras rue Aristide Briand
elle ne se reconnaît pas mais plonge une bouteille d’eau minérale
dans l’eau de vie qu’elle récolte à Lourdes
puis fait le trajet en train trois grammes dans le sang
elle ne pourrait pas me regarder autrement
le verre est cassé il n’y a rien à faire
ma chute entraîne l’amour qui finit par hanter
les rêves à neuf-mille kilomètres

La cuisine est pleine de fragments
de résolutions
empilés dans la
gorge
Et je retarde à demain la sobriété
et retarde au plus tard l’accalmie.
20h c’est une gorgée pour apaiser
les chimères qui viendraient s’immiscer
dans le lit simple et froid
synonyme de brique de férail de métal
dans la ville-néon sur la terre qui tremble
une solitude acceptée ou presque
entre café et whisky
le ventre vide je m’allonge et lis
artaud encore une fois je n’y comprends rien

Les femmes qui jouissent ont le même cri que celles qui pleurent
Je ne sais jamais les interpréter
Les miens non plus
qui sait d’ailleurs
si je ne pleure pas quand le plaisir se forme ?
si l’émotion d’un poème ne me fait pas
en un claquement de doigts
disparaître ?

une folie bénine
celle d’un samedi
odeur printemps
bénédiction
de joues rosies
副都心線 渋谷行き

foule, folie éloignée
trois styles éclectiques
forment une bulle transparente
dans mon œil droit
graves sessions épileptiques
d’une ville qui ne dort pas
et me tient, la nuit, éveillée

respirer dans le noir
m’allonger à ses côtés
les vestiges de la journée
peignent une cicatrice
elle-même respire la brume
des passants qui caressent le bitume
hachiko se tient bien droit
mes rêves entre ses pattes

flâneurs de l’immobilité
contemplent l’insensibilité
des voix qui me crient dessus

cœur acculé

Ces rêves longtemps emprisonnés
hantent désormais le cimetière abandonné
par mes couches de vêtements,
noircis par l’imaginaire
de démons qui peupleraient le pays.
Tokyo contient toute la moiteur de l’hiver
Il se mêle aux nouveaux bourgeons –
nouveaux nés du printemps feints dans l’air conditionné

Les mots tapés resteront sûrement interdits
Car sur un téléphone cadenassé les syllabes s’abîment
Et alors que la réalité se décolle
comme du papier à cigarette que les lèvres n’osent toucher
les portes s’ouvrent et disparaissent
pour que la frustration, la colère, se noient, ou s’évaporent,
dans l’écorce écorchée

Certaines nuits seulement je crois
cette mélancolie en forme d’écharpe
me donne l’aspect d’une femme-fantôme

Voix cassée brisée par la réverbération d’une salle –
Je reste muette au milieu de la rame
et
musique assourdissante rampant dans tous mes membres,
me pare
d’un habit de nostalgie.
Sous les lampadaires peut-être
les ressens-tu aussi
cette fine mélancolie coulant sur la peau comme des gouttes
– sueur, larmes, océan où tu nages –
l’emprise de la nuit sur le cœur qui s’agite à chaque sourire,
chaque embrassade,
et l’idée de vivre au milieu du monde
comme une bête dont on aurait ôté les canines
et qui aime passionnément sans jamais y voir de limite

Je porte en moi une tristesse.
Le deuil en est une couche supplémentaire.
Face au vide, peut-être, puis-je le combler.

Je ne peux m’enlever de la tête
l’idée d’y passer
quelles dernières pensées ? quel dernier souvenir ?
dernier espoir ? douleur ?
Je ne peux me tirer de la tête
l’idée d’y passer

Au-delà d’une chute, la maison
qui m’a vue grandir
les murs chuchotent et aspirent l’enfance
des boîtes entassées dans un grenier à la même odeur
je me rappelle
de ces moments passés au milieu des tableaux
odeur de madeleines et de pain d’épice
rêver, écrire, dessiner
la naissance de ce que je suis aujourd’hui
et
l’amour qui se tait au sein d’un foyer trop grand.
Les murs portent en eux une tristesse.
Le papier peint en est une couche supplémentaire.

Mon grand-père avait l’habitude de me filmer,
de capturer des moments de vie
il était
amoureux de celle-ci
et des trésors de l’humanité.
il aimait
peindre et sculpter
il rêvait
de falaises
il nous faisait
écouter le bruit du ressac dans les coquillages
et peut-être rêvait-il aussi
de ces débris de lui-même
éparpillés en Algérie
et des autres,
coincés dans un amour tumoral.

Il se taisait
et aimait
à sa façon –
parfois maladroite.

Ton petit soleil
reste, vit, écrit
et pense à toi.