odeur du parquet
figure-toi que je suis montée
j’ai ouvert la porte grinçante et j’ai marché
me suis installée là où tu dormais
attendu un instant
j’ai peint une toile
en rouge
(du sang
peut-être ?)
la violence encore
je sursaute il fait nuit tout a changé là-haut tu sais
tu me parlais
peut-être ?
humidité et derniers rayons
un an maintenant huit ans
peut-être ?
aujourd’hui encore
humidité et derniers rayons
l’hiver arrive et tu nous sautes
l’hiver arrive et tu nous sautes
l’hiver arrive et tu nous sautes
à la gorge,
sûrement ?
suicide amoureux suicide collectif
meurtre-suicide suicide dit-on mais tu es
assassin
tu m’emportes tu tombes tu te
piques
seringue dans ton sac cachée dans ton sac
je suis ton héroïne
le temps d’une nuit
et l’infini des nuits
et pendant chaque nuit
pendant huit ans encore huit ans
et toutes les prochaines nuits
et tout le temps et tous les ans et
quand la nuit se fait longue quand
la solitude est
ah !
je suis là, là, coincée
ne me vois-tu pas tu vois, là
entre les planches
du parquet détesté
je tends mes bras
tu te noies
encore
laisse-moi
te sauver
tu te noies
encore
peut-être
loin, loin
loin d’ici
ah !

recouverte de blessures
recouverte de blessures
recouverte de blessures
individu
formé de nos
brisures
passe par la fenêtre et je
m’ouvrirai le crâne
ta mort entraînera
la fin du monde
que j’ai conçu

non
reste
près
de
mes
la( r )mes

détruis tout détruis
détruis-nous encore
moi et les autres moi
moi et ce qui était moi
moi et ce qui n’est plus moi
je ne sais pas
qui je suis

gelée ouvre les yeux dans une chambre peut-être rêves-tu de moi
peut-être rêves-tu de moi peut-être rêves-tu
de moi dévêtue
je rêve de tes yeux je les dessine peut-être
grandes paupières ouvertes
ce sont tes yeux qui
inspirent
ta beauté froide et meurtrie et le silence de ta bouche
grande ouverte suffocante dans le plaisir
charnel peut-être ai-je oublié
l’odeur de ton corps j’ai peut-être
vomi du sang craché du sang
sur tes cheveux ébène
ah !
j’ai rêvé que j’explosais ton crâne
contre un lavabo contre le marbre contre
le sol
que j’écrasais tes bras
sous tes cris tu
me suppliais et enfin
assassinat
je me fais couler un bain
ton sang pour eau la chaleur du désir
ton sang je le bois et c’est de la morphine
je me baigne dans ton sang et
peut-être te noyais-tu dans le mien
il y a huit ans

mais je m’endors et me réveille tu es encore là

j’entends tes pas dans l’escalier
tu montes je ferme la porte
la porte se ferme elle ne ferme jamais
la porte se ferme ça y est

pas encore, pas tout de suite
tu habites
ici
ne pars pas j’aime quand tu
ne m’oublies
ne m’oublies pas
s’il te plaît n’oublie pas
le corps que tu as aimé
si tu m’oublies
qu’a
d
vi en d
r a
t –
i l
de
m o

i
,???? ,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,

Notre-Dame n’a pas changé :
elle est toujours à moitié brisée, oui
toujours
ce chantier et la flèche brisée
frustrant passants touristes et nouveaux amants
téléphones écrans micro soleils pointés filtrés cadrés
souvenirs nuageux trophées banals

Paris n’a pas changé :
les relents de la Seine jonglent entre toi et moi
la nuit tombe la lune se lève — mouvement de haut en bas
sud et nord
trajet nocturne Lyon-Paris
de vieilles photos de vieux souvenirs mais les rues sont muettes
les lampadaires illuminés l’odeur chlorée
le goût du café le son des tasses
sous un ciel violacé nos messages s’enlacent
les mêmes restent et tu es parti
le froid revient sans ta silhouette

je t’aurais pensé emprisonné
dans les débris d’une ville qui ne t’habite plus
dans le songe d’un amour qui rate le train
et qui s’évanouit sur les fauteuils de la gare.
je te pensais caché
près des érables, pénétrant au couteau l’écorce
blanchâtre d’un platane
je te pensais malade d’aimer l’absence
ivre du sens et de son non-sens,
absorbé par les reflets du ciel dans les nuages blancs
marmonnant un « true story real life » dans
un recoin d’enfer et de paradis,
un recoin d’humeur neutre et de sommeil imagi
né.

crois-tu que l’existence prend bel et bien naissance
dans les cocktails hivernaux, dans le feu qui inonde ?
un verre en cogne un autre
et l’autre éclate et tout s’éteint
la douleur en toi se fige et étreint
les stigmates et
le mutisme canalisé et
et
tu craches du sang dans l’évier ce matin
et
tu pleures encore tes joues sont mouillées
et
réveille-toi
ici c’est la réalité
rêve encore car ton vrai monde est rêvé
rendors-toi
tes draps bleus veilleront sur toi

la ville n’a pas changé, tu sais j’ai
simplement appris à te chercher,
car ton ombre arpente encore
Paris de nuit et Lyon l’été

peut-être que je te chercherai toujours
dans ces endroits où tu ne seras plus jamais
et les deux bras en avant j’enlacerai le vide
pour être certaine que tu puisses le détrôner

Il revient, l’hiver.
Les rayons du Soleil se noient
Dans les épais nuages,
Ils frissonnent et s’endorment dans ce Monde froid
Et offre à nos yeux le naufrage.

Elle revient, la mélodie.
Elle est le couperet, l’essence divine
Des meurtrissures à la coupe vide,
Elle résonne au palais, où ne résonne nulle loi,
Je suis sa princesse, je suis l’héroïne
D’une histoire incertaine — oh, ayez pitié de moi !
Un souvenir s’écarte,
Un autre à sa place s’immisce,
Entre le vrai et le factice,
Mon ombre qui éclate.
Flash, son et vidéos
Camescopées dans la mémoire,
Conversion forcée et bataille cérébrale, nouveau
Format, les cassettes sont cassées,
jetées,
Ma tête est un cimetière,
un silencieux purgatoire

La nuit,
Tous les visages se mélangent,
La nuit,
Toute une vie s’évapore —
Dors, dors,
Ils dorment sous ton lit, ils
Se réveillent dans l’utopie
De rêves retrouvés de passé reconstruit,
Chuchotent, ondulent et broient
Le sommeil réparateur la nostalgie rédemptrice,
Admirent ton souffle abîmé, la sueur dans tes draps,
Tes poèmes nocturnes, tes nouvelles cicatrices.

Ce matin,
Incapable d’ouvrir les yeux,
Tu as jeté ton corps
Par la fenêtre,
Sans un mot, sans une lettre,
Tuée par le silence
Des solitaires lendemains.

tes mots glacés et c’est
mon cœur sous vide, gelé.
tes mots d’été, et c’est
le sinapisme.
mains moites,
doigts entrelacés
superposés
à l’asphalte.

tiroir unique, tiroir de tes mains,
là, des débris de lettres ou de billets
que je suis seule
à t’envoyer,
je suis
flouée par un soupir
brisé et détaché.
le feu impénétrable et catastrophé
joue dans le sable des souvenirs :
ma poitrine enveloppe d’un linge
ce qui est rapiécé, décollé,
cassé, et
ce qui caresse
                  la douce
                               tristesse
de tes mains démunies.

empire d’effluves et de secrets,
d’un destin terni et, l’envie :
Désir sans fin qui s’amoncelle
dans l’hiver putride et malade. 

revolver chargé braqué sur ma tempe,
il te manque l’impulsion, la volonté,
la ligne franchie, et
notre suicide moral,
englouti —
moi,
immergée de force dans le mutisme mortel.

c’est la danse, c’est le salut,
la brise dans nos mains qui se veulent
et s’éteignent.
je compte jusqu’à trente-sept
pour observer tes lèvres, dans un 
café bondé.

terreur dans tes yeux,
je franchis
les limites
de ton cœur
aphone.

la neige tombe sur toi au réveil
lorsque je retrouve un corps détruit par la
honte, dans une cuisine
qui, je crois
était la mienne.
mon masque tombe et je 
trébuche
sur le bureau de tes larmes :
enfoncée dans la terreur
de n’être qu’une 
Vénus
pénétrée par le silence
d’une nuit d’anniversaire.

apprentissage naturel du silence,
prodige dans l’art de l’évitement

hiver enfer été crépusculaire
tu es le Louvre et je suis
son visiteur fétiche :
regarder t’animer exister demeurer,
tourner, tourner, tourner
autour de ta beauté
puis, t’observer t’admirer.
je viens tous les jours.
les œuvres sont belles, tu sais, au musée,
mais elles ne parlent pas :
on ne les comprend pas
toujours.
on ressort avec le tournis, tout paraît
irréel, on se croirait
de trop.

mots uniques, amour dans ta bouche,
j’y pense souvent, j’y pense maintenant
las, limpide et éphémère, 
je suis l’ombre fluette et le numéro vert
l’ordre et les cahiers rangés, la mélancolie passagère
l’angoisse, le sang, la peine, je ne suis que
l’être las,
je suis
cassée par un amour
flou et fragmenté.
les roses, pétale après pétale
se désinhibent :
mes bras enlacent l’odeur
d’une vue sur la cour, d’un bruit d’accordéon
d’un message sous la porte,
de capsules éparpillées
dans le foie
            de ma
                   tendresse,
dans mes mains démunies.

si tu es le cratère, je suis la lave 
si tu es la falaise, je suis l’impulsion
si tu es le message, je suis l’envoi
si tu es la terreur, je suis le bourreau —
un valet de cœur contre un valet de carreau.

il y a toujours eu ta brutalité
les mots les gestes les appels à l’aide
dans le noir
dans la léthargie du sommeil profond

tu t’apprêtais, chaque jour
à ouvrir les volets 
et jeter de ta fenêtre la colère, le poison
à ouvrir les volets
et laisser passer la lumière d’or
sur ta peau, livide
gravée
fébrile et fine

marcher les yeux ouverts pour les fermer
sur un passage piéton.
attacher la conscience primitive d’un pas affermi
pour mieux courtiser les lys blancs
et les arracher à leur terre, à leur mère,
à eux-mêmes

je passe mes mains sur tes lèvres
éteintes
elles ont le goût du désir déchu
et de l’amour inhumé 

un mois de décembre la gare était vide
vide
de nous
je nous aurais cru morts
tant elle était vide.
quelques heures plus tard elle était pleine,
pleine de nous :
toi qui me faisais danser près d’une borne
où quelques jours plus tard tu validais ton billet
pour un unique retour.

la naissance du Désir : 
dans le nous du noir et de la solitude consumée
à deux,
dans le creux des mots prononcés sans en mesurer la 
consistance
dans la nuit, un siège entre nous
j’effleurais pour la première fois avec autant de tendresse
les doigts d’un garçon.
l’unique, splendide et unique
être aux cheveux corbeaux,
une mèche tombait sur tes yeux.
tu étais si beau dans ton désastre : j’en ai encore
le souffle coupé
absence d’image, absence d’image
je sais que j’en ai seulement
le souffle coupé sans te voir.

tes doigts avaient l’odeur de l’eau,
l’odeur des camomilles et des matins adorés
l’odeur du pourri de décembre, de la neige qui fond
et la boue qu’elle laisse derrière elle, ses dernières heures d’existence.
tu commençais déjà à geler dans la voiture,
tu me donnais envie de m’ensevelir dans la chaleur
détestée
de l’été.

il n’y avait que lorsque je montrais cette chambre :
recoin parfait où tu habitais déjà
et dans laquelle j’ai l’impression de passer l’éternité
que tu as ouvert les yeux :
je me souviens parfaitement de ce que je portais ce jour-là
une jupe noire et des collants d’hiver, épais
pas assez épais pour qu’ils t’empêchent
de graver ma peau :
vierge.
je me souviens de sa beauté avant tes mains
aucune marque. nette. 

seulement, dans l’ancien grenier,
le goût de l’obscur et du banni
le goût d’un corps brisé et d’un autre décharné

dans l’absence et l’assassinat,
je goûtais pour la première fois le corps d’un garçon.

un vingt-six novembre
les carreaux d’une maternité ont éclaté :
laissant pénétrer la lumière d’une lune muette
et absorbant le sang, la sueur et les pleurs
des lits blancs
           (le sang, la sueur et les pleurs
           sont de bien tristes éléments)
tes cris, affamés de vie, les ont transpercés ; 
tu as roulé dans la solitude et t’en es
étalé partout sous la peau,
tu t’es pris un shot de tranquillisant,
une ivresse de détresse
pour naître.
une histoire commune. de l’auto-déchirement.

tu as oublié, non loin de là
les enfants jouent ensemble dans une
cour de bitume.
                         tu n’en fais pas partie

l’enfant de la peur
qui sent le désir, seul
d’un succès.
tu tiens la barre du navire de l’Échec :
tu ne couleras pas, tu es commandant
de la Réussite,
ou de son besoin absurde.
inutilité de 20/20 étalés comme un jeu de cartes :
on compare les devoirs, tout paraît trop lisse.
trop lisse pour l’enfant qui se bat
qui a des nœuds dans l’estomac
et l’eczema, et la panique sur les bras
quand elle ne sait pas.

peur
de
l’échec.

hélas, elle est tombée
marée marée la marée est haute aujourd’hui
elle a emporté les cahiers 
c’est triste l’école, il y a trop de gens :
trop de gens entourant ta solitude 

il suffisait de tomber sur toi pour que tu t’écroules :
on trébuche sur tes pas,
ta discrétion s’entête 
à te penser invisible.
les couloirs poussiéreux de l’infirmerie
et l’odeur de savon des toilettes des filles
dans lesquels tu passais tes récréations.

n’existons plus,
retirons-nous
le bus nous amène dans la chambre mère :
celle des rêves et des suicides.

Un matin de décembre mon esprit s’est embué,
Puis, un soir de janvier,
J’ai voulu le casser, le briser
En entier ;
Je me suis guillotinée.
Les yeux de la morte bougent encore,
mais son cerveau ne fonctionne plus.

Ces bribes de pensées ne sont pas miennes, seule
Subsiste
La peine d’être réduite de moitié.
Faites-moi forte,
Faites-moi morte,
Mais pas à moitié vivante —
Traînant le cœur taché,
La plaie infectée,
Indolente.

C’est bon la mort, quand on y pense — on se voit déjà
Loin d’ici. Terreau des limbes ;
Le Styx me paraît plus calme encore
Que le vide des pensées,
Que les cauchemars parsemés
Dans le rêve du réel.

On lit toutes les notices de médicaments avec attention,
On se demande
Si les avaler ne transformerait pas notre estomac
En une boule
Compacte,
Capable d’apaiser tous les maux des dépressifs.
On aimerait
Y séquestrer du Xanax, du Valium et du Lexomil
Par tablettes entières
Pour finir dans le coma,
Pour finir sur une lettre d’adieu
Réécrite cent fois,
L’esprit ailleurs.

On se réveille une nuit,
Transpirant. Le visage mouillé
On crie à la lune
De durer éternellement.
Demain, aucun réveil,
Je ne veux aucun réveil,
Ni le soleil, ni les cheveux
De celui que j’aime,
Ni le parfum des matins d’été,
Ni la couleur des hivers un café à la main.
Je ne veux plus sa voix, seulement ses écrits
Inscrits quelque part.
On dira : « vingt-trois ans c’est jeune »
Et on m’oubliera : comète éphémère
Créant à son impact
Un cataclysme, j’ai
Semé le désespoir
Comme on sème les graines au printemps.

Le potager se porte bien :
Des gens, sûrement, m’y attendent.

Crac. Crac.

Tout l’univers se brise
Balayée
d’un seul coup
la solitude.

Il y a un souterrain là-bas,
Une cascade.
Un apaisement.
La guérison, mais
Aucun accès.
Accès refusé.

Crac. Crac.

Il y a des plaies là-bas,
Des escaliers dans ma colonne vertébrale.
Descend descend descend
Un peu plus bas

tu verras

la solitude.

Il ne faut pas combler les manques
Obligation de ramper les mains vides :
Le trou dans la chaussette un jour de pluie
La piscine les jours de gel
Un manteau au bouton décousu jamais retrouvé
Un dé égaré dans un bar un soir d’amour
Une simple photo pour souvenir brûlée, effacée

Crac. Crac.

J’ai des sous-titres sous chaque phrase prononcée —
On ne me comprendrait pas, sinon.
(Sinon, personne ne voudrait m’entendre)
((Sinon, ébauche de l’existence.))

Entendre. Écouter.
Éterniser l’écoute.

CRAC. CRAC.

On fredonne quelque chose
Une bêtise une bêtise
Inutile.

CRAC. CRAC.

On soupire quelque chose
Un ennui un ennui
Soudain.

Gravir des marches pour point d’observation
On part du talon pour arriver à la tête.
C’est effrayant, la hauteur
On pourrait perdre pieds,
On pourrait rêver d’un rêve pour
rêver de la réalité.

blues du matin calme

en sortant du tramway j’ai slalomé entre deux-trois passants munis d’une canne ou d’un chapeau, je ne sais plus

ce que je me souviens c’est d’avoir levé la tête vers le ciel et la lune qui était là rayonnante

je pensais à toi encore une fois — la lune c’est un peu moi mais surtout un peu toi, un peu nous

je me suis cachée dans le silence pour arriver à lire sur tes lèvres la douleur de nos erreurs et j’ai échoué

car tu es partout et l’erreur s’oublie