Couchée dans l’herbe, tu me dévisages ;
Tes yeux bleus, Elize, sont gorgés
Des dou(c/l)eurs ombragées
Par l’immémorial passage
Du temps.

Ce rêve est vivace et te rend vivante —
Fantôme, illusionnée du mirage ;
Dans ton ombre, je fais naufrage.

Rancœur authentique, marquée par les vagues ;
Oreillers sont témoins silencieux
Des résipiscences et des aveux,
Les matins s’assemblent, et chantent
L’omission
                   fracassante
                                        de ma fidèle vénération.

Ta silhouette reflétée
Dans le lac de Gaube.

Ton image impérissable
S’épuise à elle-même
Dans le vert pyrénéen
Mnémosyne murmure
Dans le creux de mes rêves
Et les carnets, cornés, éparpillés
que tu existes.

Chaleurs d’été,
Chimère cramoisie,
Dans le gris parisien
Des illusions où l’on se croise —
Rêve étanche
Entrevues noyées.

Bannis, bannis, bannis,
Je te bannis :
Dans un élan de rage
Je mise sur l’oubli.

Automne —
Le souvenir éphémère conservé
Et égaré.
Léthé me susurre
que je ne peux t’enterrer
et je suis paralysée
sous ton parfum de mûre.

Mutilations transversales
Substance grasse chavirée,
Accident mortel ;
Fatale répugnance.
Nouvelle entrée du journal
Pages brûlées au café,
Dépouille dysfonctionnelle ;
Promesse d’obédience.

Coffret admiré,
Missives parfumées
par le feu.
Cœur cadenassé,
Membres émondés
oubli d’aveu.

Ronces, je suis
Séduite, puis renonce ;
Une nuit et suis
Météorite.

Visions de
mon cadavre
Miroir décapsulé
Brisure d’appartenance
Toute main est tienne.
Absinthe nuptiale
Empereur de chaque peur
Voix saillante
Tempête de décembre.

Griffures synthétiques
Cris en symbiose
Vertiges concordants
Caresses unanimes.
Sanglots sarcastiques
Fatigue en osmose
Haussement d’épaules trahissant
En mon cœur, le crime,
La cime, le
Ciment, le
Sang, les
Serments.

Inconnu me serre entre ses tatouages,
Agréable au toucher moins à la pensée —
Objet cathartique, besoin inanimé,
Dans le miroir et sur les écrans, c’est
Ma photo de gauche à droite,
Début d’été,
Attendre à Bastille, ivresse,
Finir embrassée
Et embraser
Des inconnus près de la Seine.

Doux sans ressentir,
Je ressens pleinement
Moi-pas-vraiment-moi
Et pourtant maintenant
Laissez-moi en finir
Aucun sentiment
En finir avec l’amour.

Je me suis taillé les lèvres hier
avec ta tombe
et elles font naufrage dans le sang ce matin

goût métallique miroir de pensées lubriques
alphabet décomposé et reformé
ton nom m’adore et m’est détesté
à peine dormi, à peine rêvé
quand vient le châtiment c’est toi que j’entends

J’ai la couronne d’épines,
je pense à tout surtout à toi
je pense à toi surtout à nous
j’ai les mains croisées — j’attends,
j’ai les mains liées —
et non je n’ai plus de nouvelles
et non aucun message, aucune lettre
et non je n’ai rien, non personne
ne m’appartient

patience — mon tour viendra
de ne plus sacrifier ;
j’irai où tu voudras
pour ne plus vous sacrifier
je souffrirai pour toi
et j’irai me sacrifier,
autrefois scarifiées
les jambes bombées
et mes bras rouillés
et la lame épuisée

Passage du temps dans la peau
cathartiques mes pensées misérables
attente dans la longue salle
d’attente mes cernes s’allongent, je
m’allonge dans le lit à six heures
deux heures de sommeil et la sirène
des ambulances — sirène quand tout va mal
je l’entends encore
l’hymne de la destruction
elle est encore en moi
l’hymne de la décomposition

J’ai substitué mes peurs
à des camélias,
J’ai troqué le trauma
contre les explosions nocturnes,
Et dans mes erreurs je me (te) vois,
Et dans la dévastation je te (me) sens
Toi, moi, moi, moi, la peur aveuglante du moi
peur du noir que tu as laissé en moi,
peur du sang dans les draps le matin,
peur de subir ton chagrin,
peur soudaine et sempiternelle
Que tes mains
m’étranglent
Que mes mains
m’étranglent
peur de moi, j’ai peur de moi
peur des blessures chavirées
peur de ne jamais expier
mes pêchés

Les bougies brûlent aujourd’hui
Pour me racheter, me laver
De mes errances.

Fais-moi
couler
de la cire brûlante
sur les yeux.