
L’amour prend racines
Dans les cocktails parisiens
Injectés par intraveineuse
Dans le sang nouveau
Et épuisé
Et mon âme apeurée
Écœurée —
Se laisse bercer
Par les effluves — ivre,
J’écoute les gens
Aux tables voisines
Parler d’amour
Je t’ai trouvé cet été
Corps meurtris près du Panthéon
Je repose dans un cercueil
Tout près de la Sorbonne, j’ai
Abandonné l’enveloppe charnelle —
Je l’ai troquée avec un recueil d’Aragon
Et dans mon sac j’ai ton livre
Et dans mon sac j’ai tes lettres
Et dans ma tête j’ai le jeté
de dés, mêlé
aux gorgées
L’amour puise son eau
Dans ce grand lit
Draps bleu marine.
J’abandonne mes peurs
Pour que tu les guides de tes mains
Vers l’univers serein
De ton affection,
De nos corps noyés dans la Seine.
Laisse-moi boire encore,
Noie-moi dans l’espoir
d’être éternelle —
Qu’éternellement tes draps portent mon odeur de jasmin
L’amour se façonne
Dans tes yeux, dans ton odeur
Sur l’oreiller,
Dans mon cœur qui bat doucement
Le matin, contre ton dos,
Dans la brise
À dix heures du matin,
Dans mon café
Et dans chaque pensée

Un Christ attend mes prières
la bougie brûle
la cire sur mes doigts
le briquet dans ma poche.
J’ai joint les mains sans y croire,
j’ai prié chaque Saint
que tu dormes
paisiblement
ce soir
J’aurais pu tracer des formes
autour du rouge de
tes cicatrices
sur tes bras.
J’aurais aimé
t’aimer en entier.
J’aurais attendu une éternité
Une éternité –
une myriade
d’infinités
pour te croiser dans le hasard
et toucher tes poignets froids dans l’hiver.
Pour t’enlacer une dernière fois,
et les brisures
de tes bras rouges,
enlacer une dernière fois
ces lames cachées au fond d’un tiroir.